Trois animaux très discrets
Trois animaux très discretsTrois animaux très discrets

Trois animaux très discrets

Le trio est composé de trois animaux, deux prétendument communs, le dernier étant plutôt une découverte à cette latitude. Ils partagent néanmoins une même particularité : ils sont normalement invisibles.

Le premier d’entre eux est le renard, à l’origine un nom propre ( « Renart », héro d’un roman) tiré d’un dialecte germanique, qui a supplanté et remplacé, comme il est parfois arrivé dans d’autres cas, le vocable commun « goupil », issu du latin. Ce personnage, astucieux et rusé a connu le succès grâce à son apparition dans certains récits bourgeois médiévaux ( précisément « Le Roman de Renart » ) et certaines fables comme celles de La Fontaine. Quelque part, humanisé, il revit dans des films sous le nom de « Zorro ».

Tout le monde croit donc connaitre ce mammifère, proche du chien, mais généralement tenu pour un ennemi public, qui possède une tête triangulaire, allongée, de grandes oreilles droites, un museau long et pointu, un pelage fourni et une queue touffue. Il est plutôt carnivore et raffole de la volaille (d’où une réputation proche de celle du loup), du petit gibier, mais aussi des rats, mulots et autres rongeurs, ce qui devrait le rendre assez sympathique ; à l’occasion, il adopte même un régime végétarien à base de fruits (les raisins !) et de racines.

De mœurs plutôt nocturnes, il se laisse très rarement apercevoir, si ce n’est dans la lumière des phares de votre voiture ; à peine a-t-on le temps de le reconnaitre, surtout à sa queue ! C’est dire notre surprise lorsque, revenant il y a quelques temps, en fin de matinée, de Château-du-Loir, nous avons trouvé un jeune renard, d’un beau roux, tranquillement assis au milieu de notre route. Ayant pris tout son temps pour nous dévisager et alors que nous nous apprêtions à klaxonner pour le prier de déguerpir, il s’est décidé à se lever pour disparaitre dans la haie derrière lui.

Notre second animal est le hérisson , que j’ai vu plusieurs fois dans ma jeunesse, l’un ayant pris l’habitude de dévaler les escaliers pour s’installer dans notre cave, un autre, prévenu on ne sait comment, étant venu partager avec le chat,  le lait de son écuelle, sous le ciel étoilé d’une belle nuit d’été.

A l’époque, j’avais été frappé par deux assertions : les hérissons se repaissent et nous débarrassent ainsi des vipères contre la morsure desquelles ils sont naturellement immunisés ; en revanche, ils constituent un mets apprécié des gens du voyage ( « les Romanichels » ) : ceux-ci - racontait-on- les enveloppaient d’une couche de glaise afin de les faire cuire à l’étouffée sur leur feu de bivouac.

Ce petit mammifère, au museau et aux pattes noirs, le premier effilé, les autres griffues, le dos recouvert de piquants, rabattus ou redressés s’il se roule en boule dans un réflexe de défense, est un grand amateur d’insectes, de vers, de gastéropodes et de reptiles. Malheureusement, il a fini par disparaitre même des routes sur lesquelles il laissait souvent son cadavre aux corbeaux ; les automobilistes sont-ils devenus plus sensés ? Les hérissons sont-ils devenus plus prudents ? Ou bien leur population a-t-elle fini par se raréfier au point de ne plus laisser aucune trace ? En tout cas, le hérisson n’a connu aucune fortune littéraire mais il continue d’occuper une place non négligeable dans les dictionnaires entre le ramonage et la tactique militaire.

Le dernier auquel nous ayons eu affaire était sans doute encore jeune, vu sa taille. Arrivé probablement, on ne sait trop comment, le terrain étant clos, un lundi de printemps, il a rapidement été repéré de sa fenêtre par Sophie, notre chatte, qui a dénoncé sa présence. S’aidant de ses pattes arrière et de ses griffes, il a gravi les escaliers menant au jardin où il est resté un jour ou deux avant de redescendre apparemment mal en point, pratiquement incapable de se mouvoir et haletant ; ces petits yeux mobiles nous indiquaient qu’il était toujours vivant. Transporté près de l’entrée de l’ancien prieuré voisin, à proximité d’un endroit sûr et lui offrant de nombreuses ressources, le matin suivant, il avait disparu.

Il ne reste plus qu’à souhaiter que le  renardeau et le petit hérisson aient tous deux eu de la chance !

Le dernier de nos animaux est un insecte, plus précisément une larve, le fourmilion (ou fourmi lion) qui, comme son nom l’indique, est le fléau des fourmis : afin de les dévorer, elle capture celles-ci en creusant un piège au fond duquel elle se tapit, cachée, en attendant que ses victimes glissent dans l’entonnoir (trois à quatre cm de diamètre, autant de profondeur) sans pouvoir s’échapper puisque la terre très fine et très meuble ou le sable croulent en les entrainant. La larve qui mesure environ 1 cm se muera en une sorte de libellule aux ailes finement nervurées de l’ordre des planipennes.

Il y a une dizaine de jours, une quinzaine d’entonnoirs parfaits sont apparus dans quelques plates-bandes, sept ou huit d’un côté, autant de l’autre ; aujourd’hui, elles ont commencé à disparaitre, ce qui indique probablement que la mue s’est accomplie.

Il faut préciser que les premiers entonnoirs que j’ai pu voir se trouvaient sur la côte méditerranéenne dans le jardin sablonneux d’une villa raphaëloise et que, bien plus tard, il m’est arrivé d’en découvrir quelques uns à Villedieu, au point que j’avais pensé avoir introduit ces insectes à l’occasion de notre déménagement du Vaucluse.

En tout cas, des trois compères que nous avons rencontrés, le foumilion est le plus discret puisqu’on ne l’aperçoit jamais, dissimulé qu’il est par la terre du fond de son piège.

                                                                                    Xavier Campion

#Renard #hérisson #fourmilion

 

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