"Le Déni d'Anna"

"Le Déni d'Anna"

Anna. C’est son prénom. L’héroïne de la pièce, la mère de famille malade puis trop tôt disparue. L’histoire commence ainsi. François et ses deux jeunes enfants Diane et Matthieu dînent. Leur mère est dans la pièce à côté, mourante. Le père essaye d’expliquer à ses chérubins qu’elle est en train de vivre ses dernières heures. Comment le comprendre, comment l’accepter ? Toute l’œuvre repose sur ce thème. Et que faire après ? Après la mort ?

Les enfants dorment. Anna vient de rendre son dernier souffle. François les réveille. Tout est fini à présent. Liliane, la mère d’Anna arrive, effondrée. Son fils Antonio est présent également. Les cinq protagonistes ne savent pas comment faire face alors ils se disputent ou s’attardent sur des détails. François est maniaque, il organise tout : les courses, la cuisine, les funérailles… Méli-mélo ! Il rit aussi. D’un rire nerveux et douloureux comme pour effacer sa douleur. Les dialogues qu’il a avec sa belle-mère sont caustiques. Deux personnalités ravagées par le deuil mais qui tentent chacune à leurs manières d’avancer. Les enfants sont trop petits pour comprendre toute la réalité. Pour eux, leur mère est partie mais elle n’est pas morte. Lors d’une discussion avec leur père, ils apprennent alors qu’ils ne la reverront pas. Ni l’année prochaine, ni dans deux ans, ni dans vingt ans. Jamais.

Entre chaque scène, la musique retentit. La batterie et la guitare se mélangent et donnent à la pièce toute son intensité dramatique.

Matthieu et Diane sont devenus des adultes. Liliane a vieilli. Antonio est là et ailleurs (au téléphone). François a une nouvelle compagne, Odile, et ils vivent tous deux à la campagne. Toute la famille se réunit. Vingt ans ont passé depuis la mort d’Anna. La douleur s’est estompée… en apparence. Un beau matin, Matthieu et Diane décident d’enterrer l’urne de leur mère. Ils font part de leur décision à la famille. Problème : l’urne a disparu. François ne semble pas inquiet, les enfants sont outrés, Liliane plaint sa pauvre fille et Antonio est révolté. Les échanges fusent et sont tous plus drôles les uns que les autres. Le public rit encore et toujours.

Finalement tout s’arrange, l’urne est retrouvée… dans la cave derrière des bouteilles de vin. Anna boit à leur santé ! La famille se rend au cimetière. Au lieu de pleurer sur la tombe de la défunte, les Dunel boivent du café et mangent comme s’ils étaient dans un camping. François, toujours aussi méticuleux, nettoie la stèle en blaguant. Il veut même prendre en photo la grand-mère, l’oncle et les enfants devant la tombe. Consternation générale.

La famille se quitte comme réconciliée. Ils sont finalement unis et soudés plus qu’il n’y paraît. La mort d’Anna a tout changé. Mais Anna est là.

Une pièce mordante traitant un sujet grave. Tout le monde retrouve sa propre famille à un moment. Les acteurs sont formidables ainsi que les musiciens, France Cartigny (batterie) et Daniel Jea (guitare). La mise en scène d’Isabelle Jeanbrau est parfaite ; le jeu des lumières très sophistiqué, la reconstitution du cimetière, les différentes pièces de la maison. On se sent chez soi.

Un vrai coup de cœur !

À voir absolument !

                                                                               Marion Allard-Latour

Informations pratiques : jusqu’au 24 mai 2017 au Lucernaire (VIème arrondissement de Paris)

#LeDénid'Anna #ThéâtreduLucernaire

 

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