Couture : l'Isle Verte et la Fontaine Bellerie (crédit photos Co-libris)Couture : l'Isle Verte et la Fontaine Bellerie (crédit photos Co-libris)

Couture : l'Isle Verte et la Fontaine Bellerie (crédit photos Co-libris)

Parmi les visiteurs du manoir de la Possonnière attirés par le nom et la célébrité du « prince des poètes », Pierre de Ronsard, plus que par l’édifice lui-même, combien y en a-t-il qui ont l’idée de s’intéresser au bourg qu’ils aperçoivent au nord, par-delà les champs, depuis les fenêtres de l’étage.

L’un de ces terrains n’est-il pas « la pièce à Bouju » où, dit-on, en 1524, la nourrice laisse tomber le petit Pierre en le portant à l’église du village pour son baptême ? L’endroit serait situé en face des « Fiefs Communs », alors possession des Ronsard ; si le lieu-dit existe toujours, le petit manoir qui s’y trouvait a fait place à une exploitation agricole.

Notre Ronsard ne passa à La Possonnière, donc à Couture qu’il ne dut pas excessivement fréquenter, que les neuf premières années de sa vie avant de partir à Paris en 1533 pour passer six mois au collège de Navarre, avant de recevoir l’éducation de la Cour. De ce temps, l’on peut difficilement trouver des traces particulières, si ce n’est, peut-être, une préférence affirmée pour la vie à la campagne. Les séjours suivants, généralement courts, effectués du vivant de son père, Loys, décédé en 1544 ont dû, sans doute, exercer une influence plus marquée. Après Loys, ce fut Claude, le fils aîné, qui hérita -comme c’était l’usage- de la seigneurie et du manoir qui changea alors de caractère.

Ses promenades et ses activités d’adolescent ont pu laisser à Pierre davantage de souvenirs ressortis plus tard : en ce qui concerne Couture, deux lieux (La Possonnière étant absente) et deux aspects de la vie locale. Le premier lieu est la fontaine Bellerie (ou « Belle Iris »), non loin du manoir, au Vauméant, « belle fontaine chérie », près de laquelle le poète se reposait ou composait (Le Second Livre…, Ode IX) ou à laquelle il se désaltérait, parfois, malencontreusement (Le Troisième Livre…, Ode VIII). Le deuxième est « L’Isle Verte », proche à l’époque du confluent du Loir et de la Braye, où, conquis par le site, il voulut, dans sa jeunesse, être enseveli, entouré par « L’herbe et l’eau qui murmure,/ L’un toujours verdoyant,/ L’autre ondulant. » (Le Quatrième Livre… Ode IV).

On pourrait ajouter –il n’est que simplement évoqué par quelques vers dans un poème qui en compte près de trois cents- le site du manoir de la Denisière, situé à peu de distance de La Possonnière et théâtre de l’un des « crimes des Ronsard » ; l’auteur,par une étymologie fantaisiste ou poétique, tire la dénomination attachée à la « coutière » (coteau) alors couverte de vignes de l’appellation grecque de Bacchus, « Dyonisos » (Second Livre, « Hynne de Bacchus », vers 168-178).

Ces lieux ont subi quelques modifications depuis le XVIème siècle. La voûte qui abritait en partie la fontaine Bellerie se serait effondrée au début du siècle précédent ; d’autre part, l’eau aurait fait l’objet d’un captage. Il semblerait que le bassin ait été utilisé autrefois par des lavandières. Jusqu’en 1965, les pompiers du village vidaient celui-ci une fois l’an ; le propriétaire actuel l’entretiendrait avec beaucoup de soin.

Quant à « L’Isle Verte », son environnement a bien changé du fait du détournement du cours de la Braye dans la seconde moitié du XIXème siècle et des travaux hydrauliques entrepris dans les terres voisines. Une stèle rappelle maintenant l’attachement du poète à ce coin.

Si Ronsard a consacré maintes pièces au Loir, aux champs, aux bocages, aux bois, à la faune et à la flore, celles-ci ne sont pas propres à Couture.

S’agissant de la vie locale, le poète l’a abordée sous deux angles qui peuvent paraitre antinomiques.

Avec les habitants, il a fêté les saints patrons de l’église paroissiale, saint Gervais et saint Protais, deux frères considérés comme ayant été martyrisés sous Néron, et pris part à l’ « Assemblée » qui réunissait les premiers, chaque année, en cette circonstance. Il leur a consacré un « Hinne à Saint Gervaise, et Protaise » (IIIème Livre… Ode X ; pièces de 1560 retranchées en 1567) ; il ne manqua pas d’y demander l’intercession des deux protecteurs en faveur des paysans pour leurs récoltes et leurs troupeaux ( les blés, le vin et les brebis), à Couture comme à Villedieu à l’occasion d’un pèlerinage à la chapelle Saint-Roch (Second Livre, Hynne XIII, « De Monsieur Sainct Roch ») ou Montrouveau ( Second Livre, Hynne XII, « Des pères de famille, à M. Saint-Blaise »), ces deux pièces ayant été ajoutées en 1587.

Cependant, si l’on a souvent tendance à présenter la Renaissance comme une préface au Siècle des lumières, il ne faut pas oublier qu’elle possède aussi une face obscure : le goût des sciences occultes, la magie, l’astrologie, l’alchimie et la variante populaire de celles-ci, la sorcellerie. Comme la plupart de ses contemporains, Ronsard était superstitieux et convaincu du pouvoir maléfique des sorcières, ce qui l’a conduit à prendre à partie Denise, « la fraieur du village » : « L’inimitié que je te porte,/ Passe celle, tant elle est forte,/ Des aigneaux et des loups./ Vieille sorcière déshontée… » ; il l’accuse de pratiques d’envoûtement et d’empoisonnement, d’ailleurs condamnées par la Justice, aussi bien sur les hommes que sur leurs bêtes ( Le Second Livre …, Ode XIV, intitulée jusqu’en 1578 « Contre Denyse sorcière »). Cependant, effrayé de son audace, il ne fut pas long à se rétracter ( Le Second Livre…, Ode XXII, « Palinodie à Denyse ») et à supplier l’objet de son ressentiment de détruire les figurines de cire qui auraient servi à ses sorts (Le Troisième Livre…, Ode X, « Epipalinodie »).

Comme on le voit, même si on fait exception des calamités naturelles, la vie n’était pas toujours rose en ce « beau XVIème siècle » !

                                                                             Xavier Campion

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