Pieter van der Schaaf

Pieter van der Schaaf

Cet été, le Centre d’art contemporain de Paillard a décidé d’inviter Rozenn Canevet et Marlise van der Jogt à présenter, en tant que commissaires, une exposition intitulée « Architropismes ».

Docteure en esthétique et sciences de l’art, Rozenn ne cesse d’explorer les notions d’ambiance, d’atmosphère et de milieu dans leur rapport avec l’architecture et le design ; elle est par ailleurs enseignante et critique d’art.

Quant à Marlise van der Jogt, après avoir étudié à Amsterdam puis à Rotterdam, elle a poursuivi dans l’histoire de l’art et a organisé de nombreuses expositions. Fixée à Paris, elle est actuellement responsable de la communication artistique à l’ambassade des Pays-Bas, pays bien représenté dans cette manifestation.

Dans la première salle, le ton est donné par « Le Gardien » de Tatiana Trouvé. Chose étonnante, ce cerbère est invisible et sa place est simplement marquée par des accessoires : une chaise vide sur laquelle est posée une baguette métallique et une sacoche accrochée au mur. L’œuvre remplace l’homme et semble veiller à son tour sur le reste de l’exposition. Plus loin, nous retrouvons le thème de l’absence dans une autre création de cette artiste consacrée par une reconnaissance internationale, une habituée des manifestations artistiques des deux mondes : « Ghost » (fantôme). C’est bien le fantôme d’une exposition dans l’exposition qu’elle nous donne à voir, plus exactement les empreintes coulées en bronze patiné des cales et des supports en mousse qui ont servi à son installation. Un gardien absent pour une manifestation évanouie !

« Je n’ai jamais été à ce point où le riz est trop cuit » ne se réfère pas à l’ouverture d’un restaurant asiatique dans l’espace des Moulins mais à l’œuvre  de Shqipe Gashi, artiste internationale qui a participé à plusieurs expositions, en France, en Suisse et au Venezuela ; énigmatique, celle-ci réunit des entrelacs de fil de fer décoré de fleurs sur une pièce de tissu vert et, à l’opposé, dans la pièce, une natte bicolore, havane et blanche agrémentée de motifs en verre teinté.

Quant à Saskia Noor van Imhoff, qui occupe la salle suivante, après des études d’art à Amsterdam et des résidences en Belgique et en Allemagne, elle a multiplié les expositions et les prix. Pour Paillard, elle a confectionnée une production spécifique « #+25 00 » à partir d’éléments antérieurs : un plan du Centre d’art, matérialisé par un chassis métallique reposant sur le sol en compagnie de sculptures de bronze : lingot, gnomon, cube, et même flacon de crème antirides –me suis-je laissé dire par James Porter- symbole de la négation du temps. L’artiste s’est employée à mêler les notions de conservation, de reconstruction, de conception d’une exposition, de l’architecture… comme autant d’éléments manipulables.

Après l’installation sonore d’Hedwig Hauben “ Soundtrack for a Sculpture” (bande-son) qui assure la liaison entre les diverses parties, l’on découvre une série d’arcs métalliques, alliant répétition et changement qui illustrent l’intérêt porté à l’écart pouvant exister entre les différentes représentations d’un même objet par leur créateur, Pieter van der Schaaf, qui, lui aussi, a étudié aux Pays-Bas et a participé à de nombreuses expositions.

La visite s’achève par les « Apostrophes silencieuses », titre inspiré d’un ouvrage sur les portraits funéraires réalisés à l’encaustique, du Fayoum datant de l’époque de la présence romaine en Egypte (Ier –Ivème s.) qui nous confrontent à un passé lointain soudainement présent. Béatrice Balcou, qui a fait ses études à Paris et à Montpellier, s’est spécialisée dans la fabrication d’objets « placebos », les « apostrophes » qui reproduisent en bois les œuvres originales ; elle nous entraine donc également à travers son musée factice.

L’imagination est à son aise pour tenter de redonner vie ou réalité à toutes ces traces, à tous ces simulacres que pourrait symboliser cette paire de pieds, présente un peu partout, qui aurait pu supporter la statue, depuis longtemps réduite en poussière, de quelque dieu, également disparu de l’Egypte ancienne. Où ces pieds nous entrainent-ils ?

                                                                 Xavier Campion

 

Exposition à Paillard jusqu’au 9 septembre, vendredi, samedi, dimanche, 15h-19h.

www.moulinspaillard.com.  T.02 43 44 52 65 ou 06 42 63 02 70

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