Extrait  du film "Stalker" et le relevé topographique d'Alexandre Sébastien GérardExtrait  du film "Stalker" et le relevé topographique d'Alexandre Sébastien Gérard

Extrait du film "Stalker" et le relevé topographique d'Alexandre Sébastien Gérard

 

C’est l’eau du Loir qui a créé Paillard. Il était donc naturel qu’à un moment ou à un autre, le Centre d’Art contemporain consacre une manifestation à cet élément autour duquel s’est organisée la vie de notre région. C’est chose faite avec cette nouvelle exposition intitulée « Seuls six bassins pour toute cette eau » (allusion aux bassins créés par la loi du 16 décembre 1964), qui frappe par la variété des matériaux réunis, artistiques ou techniques.

Pour Shelly De Vito et James Porter, les concepteurs « le lit de la rivière vient refléter les limites de la communication et de la connaissance humaines », comme aurait pu le dire l’un des premiers philosophes grecs, l’Ephésien Héraclite.

Les crues elles-mêmes font l’objet d’une nouvelle approche en rapport avec les idées, qui prédominent actuellement, suivant lesquelles, l’homme ne doit plus se comporter en  « maître et possesseur de la nature ». « Parmi les solutions proposées par le SAGE - documents à l’appui :permettre à la rivière de reprendre son état naturel. Or, à son état sauvage non navigable et imprévisible, la rivière repousserait la population loin de l’eau, laissant ses berges à l’abandon, zone non aedificandi. »

Dans cette dialectique entre eau « domestiquée » et eau « sauvage » ou « vive », les photographies de Claire Adelfang illustrent parfaitement la première. L’eau est morcelée par une structure de béton qui est une passe à poissons (renvoyant à celle construite au pied des bâtiments du Centre) ou par des marches qui la transforment en cascades, ou encore encadrée par des quais ou des murs verticaux, par exemple ceux d’une forme de radoub.

La reproduction de deux relevés topographiques effectués par l’ingénieur Alexandre-Sébastien Gérard dans le cadre du 8ème projet de canalisation du Loir (1822-1840), l’un allant d’Artins à Tréhet et l’autre étant un agrandissement centré sur le site de Paillard, mérite que l’on s’y attarde. Ces relevés valent autant par leur caractère technique et leur précision que par leur côté artistique et la finesse de leur exécution. Ils permettent aux historiens de retrouver l’image du Loir et de ses abords tels qu’ils se présentaient au début du XIXème siècle . Incidemment, à ceux qui se sont intéressés au « Vauban de la Grande Armée », Marescot, il faut signaler que, propriétaire du château de la Fosse (Fontaine-les-Coteaux), Gérard était le voisin de celui-ci et que, polytechnicien, il avait été mobilisé comme capitaine du Génie en 1814  et avait participé à la campagne de France comme à la défense de Paris.

Dans la salle du fond se succèdent les photos prises à Couture, sur le site du Moulin de Ronsard, en dernier lieu une fabrique de batteries automobiles avant son abandon, il y a quelques années. Le Loir a accueilli beaucoup de déchets qui pavent encore le fond de la rivière ou remblaient ses berges. Ces vues rappellent que, pendant très longtemps, les cours d’eau ont servi à l’évacuation des résidus de toute nature.

Pour accompagner l’exposition, ses organisateurs ont choisi deux longs métrages de l’un des maîtres du cinéma soviétique, Andreï Tarkovski auquel la science fiction permet de jouer sur les registres du fantastique et de l’allégorie. « Solaris » (1972) est tiré du roman éponyme, publié en France, en 1961 du Polonais Stanislas Lem, aussi peu orthodoxe que le réalisateur russe. C’est le nom d’une planète recouverte par un océan vivant qui en est l’unique habitant et avec lequel les Terriens essaieront en vain de communiquer.  « Stalker », (1979) est assez proche par ses préoccupations. Tout est centré sur la Zone, mystérieuse, dévastée et inondée, au milieu de laquelle se trouve une « chambre des désirs » que trois hommes animés par des motifs opposés, s’efforcent d’atteindre…

Tout ce qui précède nous amène au Schéma d’aménagement et de gestion des eaux (SAGE) relatif au cours de deux petites rivières, la Dème et le Long qui se jettent dans le Loir à hauteur de Marçon et de Vouvray. Un gros travail d’étude effectué par « Hydro-concept » s’est traduit par une masse de documents cartographiques, de relevés minutieux, d’analyses, réunie et mise à la disposition du public invité à la consulter. Celui-ci ne devra pas oublier qu’il aura fallu un demi-siècle pour parvenir à ce résultat et que tout n’est pas encore fini.

« Toute cette eau pour six bassins », Centre d’Art contemporain de Paillard (72340 Poncé-sur-Loir) jusqu’au 12 juin, les vendredis, samedis et dimanches de 15 h à 19 h et sur rdv. T. 02 43 44 52 65 et 06 42 63 02 70

                                                                              Xavier Campion

 

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