L'empereur Maxime

L'empereur Maxime

5. L’affaire Priscillien

Cette affaire illustre les difficultés entourant la gestion des affaires de foi et le fonctionnement de l’Eglise à ses débuts. Si elle n’occupe pas une grande place dans la « légende dorée » de Martin, elle est importante en raison de la position adoptée par celui-ci dans l’histoire des rapports entre l’Eglise et le Pouvoir.

Priscillien (335 ou 345-385) était un Espagnol laïc, riche et cultivé qui entreprit vers 370, de mener une vie ascétique très sévère qui lui attira de nombreux disciples. Il professait une doctrine paraissant apparentée à un dualisme gnostique et manichéen.

Déjà condamné par un concile, et banni, Priscillien comparu à Trèves devant l’empereur Maxime, par qui il avait demandé à être jugé ; il fut condamné et exécuté avec six de ses disciples malgré les interventions de Martin, d’Ambroise, évêque de Milan, et même du pape Sirice : il fut ainsi, dans l’histoire, le premier à avoir subi la peine capitale pour hérésie. Sa condamnation, qui en fit un martyr aux yeux de ses disciples, n’empêcha pas ses idées de se répandre en Espagne jusqu’au VIème siècle.

     L’attitude de Martin fut remarquable : d’un côté  il demandait aux accusateurs de Priscillien de se désister ; de l’autre, écrit Sulpice Sévère,  « il suppliait Maxime de ne pas verser le sang des malheureux accusés. C’était bien assez, disait-il, que les coupables, déclarés hérétiques par une sentence épiscopale, fussent chassés de leurs églises ; ce  serait une nouveauté inouïe, monstrueuse, de faire juger une affaire ecclésiastique par un juge séculier ».

       Pour apprécier cette position, il importe de la replacer dans son contexte :

1)   comme nous l’avons déjà constaté à propos de l’arianisme, les hérésies représentaient alors un péril pour l’unité de l’Eglise et pour celle de la foi dont l’orthodoxie était sans cesse menacée (après tout, si jamais Clovis qui n’était pas un grand théologien, s’était converti à l’arianisme…) ;

2)   même si les mesures prises auparavant à l’encontre des personnes n’avaient pas dépassé l’exil, ce n’était pas la première fois depuis 313 que le pouvoir chrétien intervenait dans les affaires de foi, soit à la requête des adversaires soit de son propre mouvement ;

3)   c’est Priscillien , lui-même, qui avait provoqué l’intervention de Maxime en lui demandant d’empêcher ou de réformer une décision conciliaire.

      L’attitude de Martin, refusant l’intrusion du pouvoir temporel dans le domaine spirituel ou le recours au bras séculier, même pour servir contre des hérétiques, fut très mal comprise par ses pairs ; lui-même devait s’abstenir par la suite de participer à tout synode ou concile. Néanmoins, l’affaire Priscillien devait diviser l’épiscopat gaulois pendant encore une quinzaine d’années. Son attitude n’eut aucun écho au cours des siècles suivants lorsque l’Eglise catholique, comme d’autres, ne put résister à la tentation de livrer au bras séculier ses adversaires ou ceux qu’elle considérait comme tels…

La fin

     Comme nous venons de le voir, l’on reprocha à Martin de s’être compromis avec des hérétiques et tous les anciens griefs refirent surface, qu’ils aient été repris par les prêtres ou même par les évêques : simplicité de la manière de vivre, bonté ou charité pour les égarés, passé militaire. De toute évidence, vivant, Martin n’avait plus sa place dans une Eglise entretenant des liens étroits avec le pouvoir et gagnée par des préoccupations ostentatoires.

    Il passa donc le reste de sa vie en retrait.

Appellé à Candes, au confluent de la Vienne et de la Loire, pour arbitrer un conflit entre clercs, il y mourut d’épuisement sur un lit de cendres, le 8 novembre 397. Sa dépouille, disputée entre Tourangeaux et Poitevins,  fut ramenée à Tours cependant que, selon la légende, les fleurs éclosaient sur son passage ( « été de la Saint-Martin »). Elle fut ensevelie le 11 novembre, date qui correspond toujours à sa fête (une autre date est celle du 4 juillet, celle de la consécration épiscopale de Martin en 371 : fête dite de Saint-Martin le bouillant ou de la Saint-Martin d’été.

        A vrai dire, Martin n’eut pas besoin d’être canonisé, sa sainteté ayant été proclamée par la ferveur populaire confirmée par l’approbation épiscopale. Ce n’est qu’à partir de la fin du XIIème siècle que la papauté parviendra à imposer une procédure centralisée et formalisée, comportant notamment l’intervention du fameux « avocat du diable », mettant fin à la prolifération de saints locaux (Martin n’est pas de ceux-ci !) dont, de nos jours, nous ignorons souvent à peu près tout .

* * *

       Martin ne fut pas un théologien comme Hilaire et bien d’autres ; il n’a livré aucune œuvre comme devait le faire son successeur lointain, Grégoire, ni même laissé une simple lettre. Il ne fut pas davantage un grand bâtisseur ; on ne lui doit que la fondation de quelques églises sur l’emplacement de temples païens détruits. Il n’a pas plus laissé le souvenir d’un grand administrateur : il est douteux que ses retraites à Marmoutier et ses multiples pérégrinations lui aient permis de consacrer  beaucoup de temps à d’autres tâches.

       Si Martin  est entré dans la légende, il le doit d’abord à un geste caritatif maintes fois représenté : le partage d’un manteau tranché d’un coup de glaive ; il le doit également à son activité inlassable d’apôtre du christianisme à travers la Gaule ; il le doit enfin à  son biographe, Sulpice Sévère dont la « Vie » commença à être diffusée, même en Orient, dès sa mort à Candes. Si le pèlerinage à son tombeau, à Tours, n’est guère plus qu’un souvenir, près de 500 villages et d’innombrables paroisses portent son nom qui est aussi devenu le patronyme le plus répandu en France.

                                             Xavier Campion

Pour plus de précisions et pour une bibliographie, voir « Au Fil du Niclos » n° 39 et 40 (sept-oct et oct-nov 2011)

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