Martin et le pin

Martin et le pin

 

Au cours des premières parties, nous avons suivi Martin, de la Pannonie, son pays natal, à Tours et à Marmoutier tout proche, en passant par Poitiers. Nous le verrons consacrer le dernier quart de siècle de sa vie à l’évangélisation des campagnes dans son diocèse et au-delà. Il est difficile, pour nous, de ne pas rapprocher son nom de celui de Julien du Mans, plus ou moins contemporain, qui, lui, parcourut le Vendômois occidental et le Maine, les épisodes les plus marquants étant d’ailleurs interchangeables. Enfin, dans un autre domaine, Martin fut mêlé à l’affaire  Priscillien dont le dénouement le marqua profondément.

4. La conversion des campagnes

Ce fut sans doute la principale mission que s’assigna Martin alors déjà âgé d’environ cinquante-cinq ans.

Les premiers témoignages sur les débuts du christianisme en Gaule concernent les villes. Celles-ci, souvent des carrefours, offraient un terrain favorable à la nouvelle religion dont la progression suivait les voies de communication : Lyon-Vienne, Arles-Autun… Le christianisme ne devait sortir véritablement de l’ombre qu’à la faveur de l’évolution du règne de l’empereur Constantin (306-327) et du concile d’Arles (314) qui confirma la condamnation du schisme donatiste qui s’était répandu en Afrique du nord. Dès lors, la jeune religion commença à se répandre assez lentement au long du IVème siècle pour atteindre le monde rural à la fin de celui-ci. Comme en témoigne l’étymologie, les paysans  (« pagani ») étaient assimilés aux païens. La religion traditionnelle polythéiste, demeurait fortement enracinée dans un panthéon                                                              

qui alliait  les divinités gauloises et romaines parfois assimilées, souvent associées, les premières individualisant les secondes, ainsi que les corps célestes, les forces naturelles, les défunts… A côté des sanctuaires ruraux, les « fana », l’on trouvait aussi divers lieux  sacrés fréquemment dotés de pouvoirs curatifs, des sources ou des cours d’eau, des montagnes ou des rochers, des bosquets ou des arbres, des tombeaux, qui suscitaient des pratiques de dévotion telles que des célébrations ou des processions, des offrandes, des dons (dont des ex-voto)…

    La « Vie de Saint Martin » par Sulpice Sévère,   parue l’année même de la mort de son inspirateur, a servi de modèle à tous les hagiographes qui ont entrepris par la suite de montrer un saint luttant contre les idolâtres.

    L’apôtre de la Gaule usa d’une méthode de démonstration classique : si l’on peut détruire impunément les lieux consacrés aux dieux traditionnels ou leurs images, l’on prouve par là même leur impuissance donc  leur inexistence.

    Le saint est donc présenté comme un grand destructeur de temples païens qu’il démolit « jusqu’aux fondations » comme à Amboise ou Levroux (Indre), avec une ardeur telle qu’il dut, dans ce dernier cas, susciter un miracle pour protéger les maisons voisines de l’incendie qu’il avait provoqué ; de même Sulpice affirme qu’il réduisit les statues et les autels littéralement en poussière .

    Sulpice indique que, dans cette tâche, Martin ne manqua pas de bénéficier de l’assistance et de la protection divines, terrassant ou désarmant les foules et les prêtres païens qui tentaient de s’opposer à lui alors qu’il s’acharnait sur les idoles : « l’arme fut arrachée des mains de l’agresseur et disparut au moment même où il frappait ». Un autre épisode est resté célèbre : celui de l’abattage du pin remarquable qui pouvait réunir le culte de Cybèle, la très antique déesse  mère, répandu tout autour de la Méditerranée et celui des arbres sacrés, cher aux Celtes ; si les paysans ne s’étaient pas émus de la destruction  du sanctuaire proche, ils se firent menaçants lorsque Martin entreprit de s’attaquer au conifère et lui lancèrent ce défi : « Si tu as quelque confiance en ce Dieu que tu déclares adorer, nous couperons nous-mêmes l’arbre que voici, et toi, reçois-le dans sa chute. Et si ce Seigneur que tu dis être le tien est avec toi, tu en réchapperas ».

      L’apostolat de Martin connut quelques épisodes plus amusants :  en dépit d’un don de clairvoyance qui lui avait permis de confondre ceux qui vénéraient la tombe d’un brigand considérée comme celle d’un saint homme, il arriva à Martin de commettre des erreurs. C’est ainsi qu’il figea sur place les membres d’un cortège funéraire, croyant que ceux-ci participaient à un rite agraire consistant à promener à travers les champs des idoles couvertes d’un voile blanc.

     Dans un monde rural, il était inconcevable que Martin n’eût pas affaire à des animaux, ainsi, par exemple, pour guérir une vache folle, possédée du démon, ou même pour sauver un lièvre poursuivi par des chiens de chasse, ce qui eût plu à François d’Assise.

    Evêque itinérant, guérisseur et thaumaturge, Martin parcourut en tous sens son diocèse dont les limites étaient certainement étendues et sans doute imprécises : on le vit donc à Amboise, Candes, Chiseaux, Langeais, Ligueil, Saint Pierre de Tournon, Sonzay (37) et Clion (36) :il  laissa des traces de son passage, avéré ou légendaire, en Auvergne, en Bourgogne (l’épisode du pin est situé près d’Autun), dans le Lyonnais, à Paris, en Suisse Romande, etc. Il traversa certainement le Vendômois pour aller à Chartres et se rendit, au moins à deux reprises, dans la capitale impériale ,  Trèves .

    Il n’est donc pas étonnant que la légende de Martin se soit répandue un peu partout dans l’Europe chrétienne. Deux remarques s’imposent cependant :

1)   il se produisit des retours de paganisme, au moins au VIIème et IXème siècle, à la faveur de la désagrégation des cadres politiques et religieux dues aux luttes entre Mérovingiens puis aux invasions normandes ; il semblerait que les forêts aient été alors les foyers de la résistance à la christianisation, d’où la volonté ultérieure des pouvoirs comtaux de les contrôler ainsi que leurs habitants ;

2)   à la stratégie de la lutte frontale adoptée par Martin, l’Eglise devait ajouter une stratégie indirecte visant à l’assimilation et à la récupération des rites païens, lesquels devaient tourner en superstitions, tempérant le monothéisme officiel par un certain polythéisme, à peu près toléré jusqu’au siècle dernier (culte de saints ou de reliques plus ou moins authentiques, manifestations de piété populaire, peut-être rachetées par la foi, si celle-ci accomplit des miracles !)

 

                                                              Xavier Campion

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