Jean-Marc  Léger

Jean-Marc Léger

 

Voici cinq ans que Jean-Marc Léger nous a quitté. C’est par une amie qui, comme nous, avait vécu l’époque « héroïque » des premières années de l’Agence de coopération culturelle et technique, communément appelée « de la  francophonie »,  que nous avions appris la disparition, à Montréal, le 13 février 2011, de  son premier secrétaire général.

Québécois donc, ancien journaliste à « La Presse » puis au « Devoir », celui-ci avait très tôt milité pour le rassemblement des pays de langue française ; en octobre 1953, il avait même essayé de vendre l’idée au ministre français des affaires étrangères de l’époque, Georges Bidault.

 En fait, il fallut attendre la « Révolution tranquille » et ses suites au Québec,la décolonisation et les appels des présidents Habib Bourguiba et Léopold Sédar Senghor (1965 et 1966) pour que le projet prenne corps à la fin des années 60, en dépit des réticences françaises.

 A l’époque où nous avons fait sa rencontre, au « Lutetia » à Paris, Jean-Marc Léger était surtout connu en tant que secrétaire général de l’Association des universités entièrement ou partiellement de langue française (A.U.P.E.L.F) qu’il avait créée en 1961, sans doute la première et la principale de ces institutions qui s’étaient alors efforcées de faire du français un outil de coopération.

La création d’une organisation internationale publique à vocation générale (mais apolitique) se fit en deux étapes à Niamey (République du Niger). A l’invitation du président Hamani Diori, une première conférence réunit une trentaine d’Etats et de communautés en février 1969 ; elle chargea une petite structure, le Secrétariat exécutif provisoire, placé sous la direction de Jean-Marc Léger d’élaborer le statut et le programme de la future Agence de coopération. Il y eut une année plutôt fiévreuse compte tenu d’une part de l’ampleur de la tâche à accomplir, d’autre part du problème épineux de la participation du Québec ; ce fût également une période exaltante : tout était à imaginer, des projets les plus simples (les « mallettes pédagogiques », destinées aux instituteurs de brousse) aux plus ambitieux (le « satellite francophone ») et, au sein des groupes de travail, nous pouvions discuter avec des personnalités telles que le physicien Pierre Auger ou les professeurs Georges Balandier, Jacques Berque ou Jean Favier (1).

 La seconde conférence de Niamey, en mars 1970, devait, elle, aboutir à la création de l’Agence, au terme de péripéties aussi bien cocasses et triviales que politiques : un après-midi, je me suis retrouvé enfermé dans l’ancienne résidence du gouverneur de la France d’Outre-Mer pour rédiger le discours d’ouverture, sous la surveillance d’un planton qui veillait régulièrement à ce que je sois convenablement hydraté ; quelques jours plus tard, il fallut remplacer par des hommes le personnel féminin de secrétariat qui disparaissait inopinément pour raison d’allaitement ; quant aux péripéties politiques, elles concernaient surtout la mise au point d’une « clause québécoise » acceptable par les parties intéressées (et quelques autres !). La chaleur était écrasante à l’extérieur, étouffante à l’intérieur et tous les records de consommation de « gin tonic » et de « Gris de Boulaouane »furent battus, celle d’eau étant d’ailleurs vivement déconseillée (2).

Jean-Marc Léger, assisté du Français Hyacinthe de Montera et du Togolais Michel Kekeh, devint donc le premier secrétaire général de l’A.C.CT jusqu’à la fin de l’année 1973 soit pendant près de quatre années consacrées à la mise sur pied de la nouvelle organisation et à l’affirmation de sa crédibilité. Avec des erreurs dont certaines étaient évitables, ce fut encore une période bien remplie : nous formions alors une équipe encore peu nombreuse, composée d’une dizaine de nationalités, capable d’improviser et de faire face dans des circonstances parfois difficiles, sous des contraintes financières très fortes, mais mue  par un grand souci de voir ses idées concrétisées sur le terrain.

Si l’on ne peut contester à Jean-Marc Léger, grand voyageur, le mérite d’avoir pleinement assumé son rôle en matière de relations publiques, préparant ainsi l’élargissement de l’Agence et sa transformation en Organisation Internationale de la Francophonie, l’on peut toutefois se demander s’il n’a pas sous-estimé l’importance de tâches d’organisation et de gestion, pourtant primordiales.

Par la suite, Jean-Marc Léger devait poursuivre sa carrière dans les relations extérieures du Québec à différents postes de responsabilité : délégué général à Bruxelles, sous-ministre adjoint (3), commissaire général à la francophonie. Nous ne devions le revoir qu’une fois, au bord de la Seine, à l’occasion d’une cérémonie célébrant le 25ème anniversaire de l’Agence.

Il a laissé le souvenir d’un « souverainiste » convaincu, quoique fort discret sur ce point dans ses fonctions (ce qui fut parfois mal compris) et d’un ardent défenseur de la langue française et de la coopération multilatérale à travers l’usage de celle-ci.

 

                                                                  Xavier Campion

Notes

(1)   Disparus depuis, à l’exception de Georges Balandier. Pierre Auger, physicien, l’un des pères de la coopération spatiale européenne ; Georges Balandier, africaniste, anthropologue et sociologue ; Jacques Berque professeur de sociologie musulmane ; Jean Favier, médiéviste bien connu. L’une des meilleurs photos que je connaisse est celle qui montre, côte à côte sur les marches de l’entrée de l’Assemblée nationale du Niger, deux historiens, chacun fumant la pipe, Jean Favier, grand et portant nœud papillon et Boubou Hama, également président de l’Assemblée, râblé et en tenue traditionnelle.

(2)   A chacun son hépatite ! Il est vrai que les salades n’avaient probablement pas été lavées à l’eau d’Evian ; je crois me souvenir que les membres de la délégation canadienne n’y touchaient pas mais, étant habitués à un mode de vie aseptisé,  avaient connu quelques petits soucis de santé.

(3)   Un sous-ministre est,  au Québec, l’équivalent du secrétaire général qui a existé dans certains ministères français : c’est un haut fonctionnaire chargé de l’administration générale du département.

Bibliographie

Association internationale de solidarité francophone : « Dictionnaire de la Francophonie » et « Histoire de la Francophonie ».

 

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