Saint-Vincent est fêté dans la vallée du Loir
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Saint-Vincent est fêté dans la vallée du Loir

 

 

      Traditionnellement, dans notre région proche, que ce soit dans le Loir-et-Cher ou dans la Sarthe, la Saint-Vincent, célébrée le 22 janvier,  donne lieu à des festivités liées à la vigne, que celle-ci soit toujours présente ou qu’elle ne subsiste que dans les souvenirs. Dans la tradition, Vincent parait avoir remplacé Bacchus ou Dyonysos, ce qui ne serait pas tout à fait illégitime compte tenu de la place occupée par la vigne et le vin dans les Ecritures (et la liturgie pour le dernier) malgré la mésaventure survenue à Noé.

     Né à Huesca, au pied des Pyrénées, en Aragon, ce simple diacre espagnol qui vivait à la fin du IIIème siècle, s’était acquis une grande réputation grâce à ses talents d’orateur ; ceux-ci lui valurent d’être cité dans plusieurs de ses sermons par Saint Augustin auquel on attribua même, par la suite, le récit d’une «Passion » pleine de péripéties. Même s’il est, de fait, postérieur, ce récit qui relate de façon convenue, le martyre de Vincent témoigne de la célébrité de celui-ci à travers l’Espagne et l’Afrique du Nord.

A la source, au moins partiellement, un jeu de mots répondant à une fausse étymologie : « Vicentius »/ « vincere » (Vincent/vaincre) qui renforçait la valeur symbolique du supplice. Suivant Jacques de Voragine, reprenant la « Passion », Vincent, pris dans la persécution de Dioclétien, emmené à Valence, y aurait été écartelé, lacéré avec un peigne de fer « au point qu’on lui voyait les entrailles » (comme saint Blaise), mis sur un gril (comme saint Laurent), jeté encore vivant dans un cachot, enfin placé en convalescence dans l’attente de nouvelles tortures ; c’est alors qu’il aurait expiré.

     Le culte de saint Vincent se répandit rapidement dans l’ensemble de la péninsule ibérique et au-delà.Selon Grégoire de Tours (1),c’est en 541 que faisant le siège de Saragosse, Clotaire et Childebert, fils de Clovis, se heurtèrent à la protection accordée à la ville par le saint ; ils levèrent le siège en contrepartie de la remise de quelques reliques confiées à une abbaye construite pour les abriter : Saint-Vincent, sur la rive gauche de la Seine, à Paris. Comme celle-ci devait devenir propriétaire de quelques vignobles au sud de Paris, il est possible que les moines aient placé ceux-ci sous la sauvegarde de leur dédicataire. Notons que la même époque voyait aussi la fondation de Saint-Vincent du Mans (572) et de Saint-Vincent de Laon (580), deux abbayes pourvues de vignes. L’on a avancé aussi que le nom du saint se prêtait à un calembour « vin-sang » évoquant l’Eucharistie. Quelques ténues que puissent nous paraitre ces raisons et bien qu’en 754 Vincent fût dépossédé de son abbaye parisienne au profit de Germain, évêque de la cité, (Saint-Germain-des-Prés), il n’en triompha pas moins au XIIIème siècle en redevenant le principal patron des vignerons(2).

      La tradition du calembour, devenue profane, gagna les cabarets puisque nombre d’entre eux n’hésitèrent pas à adopter pour enseigne l’image du saint entre deux O, « Au vin sans eau », le martyr garantissant ainsi la qualité de la marchandise alors que les moins honnêtes avaient coutume de couper leur vin pour accroître leur bénéfice.

      Sous l’Ancien Régime, tandis que le vignoble occupait des territoires délaissés depuis, toute paroisse viticole possèdait une confrérie de vignerons d’inspiration religieuse qui devait disparaitre à la Révolution pour  être rétablie ensuite ; celle de Naveil, près de Vendôme, bien connue reprit son existence en 1796. Saint Vincent trônait dans beaucoup d’églises et l’on connait des centaines de statues, souvent taillées dans le bois, car elles étaient portées en procession ; de même le saint était représenté sur des tableaux ou des bannières, sans compter les images pieuses, populaires et très répandues au XIXème siècle, en particulier lors de l’invasion de la pyrale, insecte destructeur de la vigne.

     En principe, Vincent est vêtu en diacre, portant la palme du martyre et ayant pour principal attribut la serpette à tailler la vigne, remplacée par le sécateur au milieu du XIXème siècle.

     La crise du phylloxéra, dans le dernier quart du siècle, a été fatale à nombre d’exploitations  et de confréries. Il convient sans doute d’ajouter les effets de l’évolution économique et sociale, des crises et des guerres. Dans nombre de lieux, semble-t-il, la tradition a été retrouvée peu avant ou peu après la deuxième guerre mondiale. Là où la vigne a pratiquement disparu, hormis quelques pieds dont la production est destinée à la consommation personnelle, la fête du saint sert de prétexte à des banquets bien éloignés de toute préoccupation religieuse, ou même communautaire, la cooptation des participants étant la règle.

     C’est sans doute dans le sud de la Sarthe- disons autour du domaine du Jasnières- que les usages ont été le mieux conservés. Si les vignerons ont perdu le monopole de la célébration de la Saint-Vincent et si les femmes ont accès aux dignités, ce qui n’était pas le cas auparavant, le lien avec la vigne n’a pas été rompu.  La fête est toujours annoncée, quinze jours plus tôt par la « présentation du tonneau » devant une vieille cave qui sert de premier lieu de réception au président ou au roi. A Poncé, où l’on est probablement resté plus proche, sinon de la lettre, du moins de l’esprit originel, ces usages ont été codifiés, il y a plusieurs décennies, par André Sevault. L’organisation des cérémonies est confiée à un roi auquel il revient de présenter le tonneau en présence de ses prédécesseurs, avant le partage de la brioche accompagné de quelques libations. Le 21 janvier, la Saint-Vincent débute par une messe avec le tonneau et la « grigne » (grande brioche) acheminés sur des brancards du bas du village jusqu’à l’intérieur de l’église. Le vin d’honneur qui suit est accompagné des chansons à boire les plus connues. En début d’après-midi, un cortège apporte au dauphin (le roi désigné pour l’année d’après), la grigne accompagnée d’un brin de laurier. Le soir  a lieu un grand banquet tandis qu’un  repas de midi plus modeste est prévu pour le lendemain ( avec dégustation de la tête de veau et d’ huîtres).

    Nous ne terminerons pas cette revue sans rappeler qu’à Ruillé, la Saint-Vincent est organisée par « Les Bons Tirebouchonneux », confrérie habillée qui doit beaucoup à Jacky Claveau et qu’à Beaumont-sur-Dème, elle est remplacée par la Saint-Sébastien fêtée le 20 janvier.

La confrérie des Chevaliers de la Puette et du Franc-Pinot a vu le jour en 1980 suite à la fusion des Chevaliers de la Puette (créée à Beaumont-sur-Dème) avec la confrérie du Franc-Pinot (qui a vu le jour à Trôo). Son grand maître actuel est Claude Norguet.

 

                                                                            Xavier Campion

  1. « Histoire des rois francs », pp 53-54, Gallimard, Paris 1990.
  2. Le culte de saint Vernier ou Verny (fin XIIIème) était répandu en Franche-Comté (statue du XVème à Conliège) et en Auvergne.

Bibliographie

 André Dupé et Michel Freyssinet : « Vins, vignobleset vignerons de la vallée du Loir » Ed.Cénomane, Le Mans 1996

Marcel Lachiver : « Par les  champs et par les vignes ». Ed Fayard,Paris 1998.

 

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