"L'arrosoir ..." coup de maître d'un jeune créateur

"L'arrosoir ..." coup de maître d'un jeune créateur

Le bruit commençait à courir dans le bourg à la claire colline; depuis peu, l'on chuchotait et l'on échangeait des confidences dans les troglos bien clos. Il y a quelques jours, le vent s'engouffrant du haut des escaliers et le long du moindre sentier  a glissé la nouvelle sous toutes les portes. Il se dit même que d'étranges prédictions sont sorties du Puits qui parle... "Trôo compte un nouvel artiste", chose à peine croyable : c'est Jean-Pierre Mouret.!

De celui-ci on connaissait un passé plutôt péccamineux de contrôleur de gestion et de magistrat municipal; de temps à autre, il est vrai, l'on évoquait ses talents de vidéastes ou de metteur en scène de festivités villageoises :rien de bien transcendant ! C'était sans compter sans l'influence bienfaisante de Laurence Brignon et de Jean-Claude Cassiet.

Dimanche dernier, tout Trôo se précipita donc à l'exposition organisée 49 rue Haute pour se voir confirmer que Jean-Pierre Mouret figurait bien au nombre des artistes présents, et ensuite pour se figer devant les deux créations qui encadraient la porte de la cour intérieure; elles étaient présentées -aurait-on pu dire- par celles de Laurence Brignon et de Jean-Claude Cassiet. L'audace de l'artiste ne pouvait provoquer que cette réaction de la part d'un public pourtant averti. Il a suffi de deux oeuvres.

A gauche, "L'Abat-jour en Ruth majeur" proposait une lecture inédite de l'ambivalence de la condition contemporaine dans l'ambition revendiquée de dissoudre la résolution de la quadrature du cercle dans les harmoniques pythagoriciennes en passant par la forme rectangulaire. "En conclusion, nous indiquait l'artiste, nous assistons à la naissance d'une nouvelle structure à la fois polymorphe et émouvante."

Comme celle qui lui faisait pendant, l'oeuvre placée à droite donnait ses lettres de grande noblesse à cet art bien contemporain qu'est la récup et confirmait son accession au rang de réalité majeure de notre époque dans le prolongement direct du surréalisme et du pop art. Il est , croyons-nous, impossible d'épuiser toutes les significations de cet " Arrosoir erectus" dans lequel se rejoignent la paléontologie, la balistique, le jardinage, le biberonnage, la cinématographie, sans oublier la sexualité affirmée par cette lampe turgescente qui coiffe la queue de l'ustensile. On y verra volontiers un symbole de fécondité. Jean-Pierre Mouret a réussi l'impossible. Dans des lignes célèbres, Pascal a dépeint l'homme sautant de morceaux en morceaux d'éternité, et donc abandonnant chaque fois son passé; l'artiste n'a fait rien moins que transporter les virtualités de ce passé dans l'éternité.

Jean-Pierre Mouret demeure sur la réserve : pour toute réponse à mes questions, je n'ai obtenu que quelques uns de ses sourires mystérieux dont il a le secret. Le bruit commence à circuler pourtant d'une exposition dans un centre d'art contemporain de la région et de l'intérêt manifesté par un galeriste transocéanique... En tout cas, un homme à suivre !

                                                                                                            Xavier Campion

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