L'église Saint-Genest à Lavardin

L'église Saint-Genest à Lavardin

Moins spectaculaire que le château qui la domine, l'église de Lavardin possède sur celui-ci l'incontestable avantage d'une conservation à peu près intégrale. Telle quelle, elle est l'un des plus beaux fleurons de l'art roman et de celui des peintures murales dans le Vendômois.

Chaque auteur ayant son opinion, les origines paraissent obscures. Il parait cependant difficile de ne pas relier l'église au prieuré voisin qui lui a donné son vocable (le bâtiment qui abrite la mairie) mais cela ne nous éclaire pas beaucoup. Tout au plus, sait-on que celui-ci faisait partie de la dotation accordée vers 1040 par Geoffroy Martel, comte de Vendôme, et par son épouse Agnès de Bourgogne à la collégiale Saint-Georges fondée par celle-ci dans l'enceinte de leur château; au siècle suivant, il revenait à l'abbaye de Saint-Georges du Bois ( à Saint-Martin des Bois) relevée par Geoffroy.

En tout état de cause, l'église aurait été construite à la fin du XIème siècle; il est probable qu'elle remplaçait un édifice antérieur, ce que prouverait, s'il était établi, le réemploi de certaines plaques sculptées sur les murs extérieurs ou de chapiteaux d'apparence fruste dans le choeur. Comme le prieuré, elle pourrait avoir été placée sous le patronage de Ginesius, évêque de Clermont au VIIème siècle; certains lui préfèrent Genès, comédien et martyr romain, mis à mort sous Dioclétien entre le IIIème et le IVème siècle.

Un clocher-porche, d'allure massive, sur plan barlong fait face au château. Sa situation et son élévation expliquent qu'il ait pu servir de position d'artillerie aux troupes d'Henri IV lors du siège de la forteresse en 1590, avec pour conséquences l'ébranlement et l'écroulement partiel du faîte; les brèches n'ont jamais été réparées mais simplement dissimulées derrière des bardeaux.

Dépourvue de transept, la nef s'élève nettement au-dessus des bas-côtés ainsi que du choeur et de l'abside qui repose sur trois arcs de décharge préservant, peut-être, quelques murs du sanctuaire précédent (même hypothèse que pour la nef de la Collégiale de Trôo).  La façade sud (sur la rue) parait relativement sobre au regard de celle du nord qui est percée de baies encadrées de colonnettes à chapiteaux sculptés; cette dernière est donc la plus intéressante.

A l'intérieur, la nef offre une interprétation romane d'un type d'architecture carolingienne;  couverte d'une voûte lambrissée, elle est séparée des bas-côtés par deux rangées de cinq arcs en plein cintre reposant sur de forts piliers carrés ornés d'une simple imposte enjolivée de feuillages ou d'animaux fantastiques.

Le choeur, encadré par deux chapelles latérales est voûté en cul-de-four et précédé d'une travée droite à deux arcades prenant appui sur des colonnes rondes aux chapiteaux aux décors d'apparence archaïque : spirales, entrelacs, félins, visages à peine ébauchés (un réemploi ?).

La réputation de Saint-Genest tient non seulement à son architecture, mais aussi ou surtout, à l'abondance de ses peintures murales exécutées entre la fin du XIIème et le début du XVIème, soit au long de trois siècles. Remplissant à l'époque une fonction à la fois décorative, pédagogique (un cathéchisme en images) et cultuelle (vénération de certains saints), ces peintures sont longtemps restées dissimulées sous un badigeon blanc en raison de leur prétendu caractère barbare et primitif; elles n'ont été dégagées qu'au début du XXème siècle. Il faut reconnaitre, d'une part que ce traitement a permis de préserver les oeuvres masquées et d'autre part que,de leur temps, les artistes n'hésitaient pas à recouvrir une peinture antérieure pour la remplacer par une autre (voir la partie supérieure de "L'Arbre de Jessé" ).

Il ne reste aux visiteurs intéressés qu'à faire le tour de l'intérieur de l'église, après s'être munis du dépliant disponible à l'entrée, et à contempler avec attention les voûtes, les murs et les piliers où, depuis des siècles, l'attendent un "Christ en majesté" dans sa mandorle, "Le Paradis", "La Pesée des âmes", "L'Arbre de Jessé", "Le Baptême du Christ" et d'innombrables saints plus ou moins connus mais dont chacun possède sa charge symbolique propre.

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Le Christ en majesté dans sa mandorle et la pesée des âmesLe Christ en majesté dans sa mandorle et la pesée des âmesLe Christ en majesté dans sa mandorle et la pesée des âmes

Le Christ en majesté dans sa mandorle et la pesée des âmes

Un pilier du choeur et différentes fresquesUn pilier du choeur et différentes fresquesUn pilier du choeur et différentes fresques

Un pilier du choeur et différentes fresques

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