Le monument aux morts de Trôo dû au célèbre sculpteur Antoine Bourdelle

Le monument aux morts de Trôo dû au célèbre sculpteur Antoine Bourdelle

Antoine Bourdelle dans son atelier à Montparnasse

Antoine Bourdelle dans son atelier à Montparnasse

Comme les autres communes de France, Trôo a commémoré en 2009 le 91ème anniversaire de l'armistice de 1918 par un temps de saison; toutefois, cette année-là, la cérémonie était exceptionnelle puisque l'hommage incluait également le sculpteur Antoine Bourdelle (1861-1929) , auteur du monument aux morts érigé en contre-bas de la collégiale au pied de la butte, en 1922-23.

La rencontre entre Trôo et Bourdelle n'était pas évidente même si la commune était alors plus importante ( environ le double d'habitants); a priori, rien ne laissait présager celle-ci.

Les débuts

Antoine Bourdelle était en effet un enfant du sud-ouest, né dans le Tarn-et-Garonne, à Montauban, patrie d'Ingres. C'est comme d'autres, dans l'atelier de son père,menuisier et ébéniste, qu'il pris goût à la sculpture; grâce à un talent précoce une première bourse municipale, lui permit d'entrer à l'Ecole des Beaux-Arts de Toulouse, une seconde de poursuivre ses études à l'Ecole nationale des Beaux-Arts à Paris.

Travailleur acharné, dès son arrivée dans la capitale, il exposait au Salon des Artistes Français et n'attendait pas longtemps pour quitter l'Ecole en raison de son atmosphère qu'il jugeait trop académique.

En 1886,il avait déjà réalisé une quarantaine d'oeuvres; deux ans plus tard, il commençait la célèbre suite de bustes et de portraits de Beethoven qui ne prendrait fin que l'année de sa mort.

En 1893, devaient survenir deux évènements majeurs : la commande du monument aux morts de Montauban (guerre de 1870) et l'entrée dans l'atelier de Rodin en qualité de tailleur de pierre spécialisé. Si l'élève comme le maître furent à la recherche d'effets de puissance et d'expression, il est sans doute difficile de prétendre que le naturalisme et le sensualisme de l'un ait profondément influencé l'autre. Il faut noter qu'à une trentaine d'années de distance, tous deux furent choisis par l'Argentine pour honorer ses grands hommes à Buenos Aires, sa capitale.

La maturité

En 1900, à la charnière de deux siècles,Bourdelle, entré en pleine possession de ses moyens, atteignait sa maturité.

Avec la "Tête d'Apollon", il affirmait son authenticité et se posait comme l'un des grands maîtres de la sculpture moderne, renouant, loin des canons classiques,avec les artistes de l'époque romaine et ceux de la Grèce archaïque.

Devaient suivre, parmi une oeuvre d'une ampleur impressionnante, le buste d'Ingres, son compatriote (1908), l' "Héraclès archer" (1909),les fresques et les bas-reliefs du Théâtre des Champs-Elysées (1910-1912), Le " Centaure mourant" (1914)...Bourdelle, en même temps dessinait, peignait, écrivait et enseignait à l'académie de la Grande Chaumière fréquentée par Giacometti, Germaine Richier...

La Grande Guerre, avec son cortège de morts et de destructions, par exemple celle de la cathédrale de Reims, allait évidemment laisser une marque profonde. 

En 1919, l'artiste, recevait commande de la "Vierge à l'Offrande" dont il exécutait quatorze versions dont une, géante (6m), érigée en 1922 sur la colline de Niederbuck au sud-ouest de Thann (68).

La rencontre avec Trôo

Ce fut grâce à son ami, le journaliste et écrivain, Auguste Arnault qui a laissé son nom à une rue, que Bourdelle fit la connaissance de Trôo, une autre "colline inspirée" qui avait tout pour le séduire : "le pays de la pierre agricole", "la spirale en plans de douceur de ses rues", "l'admirable église sur le sommet du mont", "la cité à demi-souterraine", "les colonnes cheminées sortant des jardins en toiture", enfin "ici en Vendômois, le vin de France (qui) a fait les esprits clairs", auquel il faut ajouter le cidre ! 

Les descriptions notées par Bourdelle dans ses trois carnets consacrés à Trôo sont autant de croquis.

Un monument défiant le temps

Il n'était donc pas étonnant que l'artiste proposât son concours à la municipalité pour l'édification d'un monument aux morts.

Un projet d'octobre 1920 prévoyait un monument simple et sobre ("un maçon peut bâtir cela") portant  des "inscriptions à fonds creusés"; les travaux commençaient en août 1922; après la Pentecôte 1923, Bourdelle venait parfaire son oeuvre sur le site même. L'inauguration eut lieu en juillet 1923.

Un petit mystère subsiste peut-être : le maître tenait incontestablement à laisser une construction solide, capable de braver les risques d'un autre conflit; d'où l'utilisation d'une pierre de taille dure, généralement qualifiée de " pierre de Chauvigy". Toutefois, lors de sa séance du 18 novembre 1923, le conseil municipal de Trôo demanda à la préfecture l'autorisation de passer un marché de gré à gré "pour la fourniture de la pierre dure de Lens", à la demande de Bourdelle; le monument étant achevé, il s'agissait sans doute d'une régularisation sollicitée "à titre exceptionnel".

A ce mystère s'ajoute un secret : hanté par le souci de préserver la mémoire des morts, le sculpteur, comme ultime précaution a voulu inclure les vingt-trois noms gravés sur le monument dans une urne de verre enfermée à l'intérieur de celui-ci.

Dernier détail : Bourdelle était résolument opposé à ce que, comme c'est fréquemment le cas, le monument soit entouré de bornes, chaînes ou grilles : " Pas de prison à ces héros !"

Pour plus de détails voir "Au Fil du Niclos" N°17 (novembre 2009)

#Trôo ​#Antoine Bourdelle #monument aux morts #Rodin #Guerre de 14-18

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