Le loir, une rivière nonchalante et paisible

Le loir, une rivière nonchalante et paisible

En mai 2012, Jean Vassort, ancien professeur au collège Janequin, à Montoire, donnait une conférence sur le rôle structurant du Loir dans le Vendômois. Comme ces propos nous paraissent être toujours d'actualité, nous en reproduisons le compte-rendu.

Partant des données géologiques, Jean Vassort a d'abord insisté sur l'élément d'originalité et de diversité apporté par le cours d'eau au long de son parcours dans le Vendômois; creusant son lit, il a laissé tantôt des escarpements tantôt des terrasses dont les caractéristiques variées (composition et granulométrie des sols, exposition, etc.) tranchent sur l'uniformité des plateaux qu'il a entaillé. Ces traits se retrouvent également dans les vallées des affluents qui apparaissent comme autant de digitations mises en évidence par la carte de Cassini au XVIIIème siècle.

Lieu de circulation terrestre (terrestre, car le Loir ne devenait navigable qu'en aval du Bas-Vendômois), la vallée  était destinée à devenir un "lieu de pouvoir" puisque les maîtres des châteaux forts (Fréteval, Vendôme, Lavardin, Montoire, Trôo et même Villedieu) qui la jalonnaient, étaient précisément ceux qui le détenaient.

De même, à l'exception de Mondoubleau-Cormenon, la vallée a attiré les principales villes en même temps que la richesse qui s'y concentrait comme en témoignait en 1839 la statistique des portes cochères, alors taxées.

Qui dit pouvoir dit également influence et l'un des exemples est celui de la christianisation qui s'est faite à partir des rives du Loir : passage mouvementé de Julien à Artins et halte de Martin à Vendôme au IVème siècle, installation de saint Bienheuré à Vendôme au début du Vème, de Richimer à saint Rimay à la fin du VIIème.

Pendant longtemps et tant que dura l'économie traditionnelle, la vallée, surtout à l'ouest de Vendôme, est apparue comme un territoire dont la richesse le distinguait de ses voisins : ressources agricoles diversifiées avec l'étagement des pâtures, des cultures, des vignes et des bois, abondance du poisson, exploitation de carrières, de moulins, de manufactures, présence de marchés fréquentés :"le type d'homme qui donne le ton est le vigneron, propriétaire d'une bonne partie de ses terres (toutes ne sont pas en vigne) faisant preuve d'un esprit indépendant, égalitaire et volontiers anticlérical, favorable à un gouvernement de petits propriétaires, en somme un radical-socialiste avant l'heure".

Si l'on cherche à situer la vallée du Loir dans l'espace national, force est de constater qu'elle a servi de voie d'invasion à des envahisseurs, généralement venus de l'ouest : bagaudes (paysans gaulois révoltés), Bretons, Normands, Grandes Compagnies de la Guerre de Cent Ans, agitateurs révolutionnaires et Chouans; le sens des invasions devait s'inverser ensuite, en 1815, 1870 (avec des combats sévères) et 1940.

En dépit de ce rôle historique bien particulier, le Loir ne parait pas en mesure de contrebalancer le poids de l'axe ligérien, autrefois ultime ligne de défense et de refuge des rois de France. Navigable, la Loire offrait une voie de communication bien supérieure aux chemins terrestres, reliée à la capitale par l'excellente route Paris-Orléans et des canaux annexes et mettant celle-ci en relation aussi bien avec l'Atlantique qu'avec le Sud-Ouest et le Sud-Est. La constitution des réseaux routiers et ferroviaires au XIXème siècle,joignant, empruntant ou suivant la vallée de la Loire devait confirmer l'hégémonie de celle-ci, le Vendômois, d'ailleurs divisé (Montoire contre Vendôme étant laissé de côté et son chef-lieu apparaissant comme un cul-de-sac; la création de la ligne TGV n'a pas sensiblement modifié la situation.

Dès lors le Loir ne peut conserver son importance dans la vie locale que grâce au torisme et au vignoble notamment. Il n'empêche que "si Ronsard est né sur les rives du Loir, il est mort au bord de la Loire".

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